La culture du couple

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Aujourd’hui on ne répare plus : on jette, on ne raccommode plus, on rachète. Pour la passion c'est pareil : on désire, on prend, on consomme la relation, on l'étiole et on la jette. Pourquoi pas, me direz-vous? Cependant, vous avouerez que niveau stabilité et complétude... on aura vu mieux.

Bien sûr j'entends parfaitement les arguments du type :  «Si c’est pour se faire du mal, pourquoi continuer?» ou bien «On est allé jusqu’au bout, c’en est trop.» Mais au bout de quoi au juste ? Comment définir cette limite ? Comment savoir s’il reste quelque chose à «sauver» dans une relation qui bat de l’aile ?
Comment conserver ou faire renaître le désir ? Comment ne jamais atteindre cette fameuse limite?

Et dans le même temps beaucoup d’entre nous remontent à cheval après la chute en étreignant le doux espoir que cette relation soit «enfin la bonne».

Pourquoi sommes nous à la recherche de CETTE relation? Comment un.e partenaire peut-il/elle nous aider à devenir vraiment nous-même?

 

J'aimerais vous proposer plusieurs pistes de réflexions et principes que j'applique à la thérapie de couple.

 

Partons de Ce que nous sommes

D’abord il faut comprendre que physiquement l’amour est conditionné par notre corps, par l’afflux d'hormones qui nous envahit au contact de l'autre.
Au bout d’un certains temps de relation,  les hormones des premiers émois, de la passion, commencent à se tarir.
C’est à ce moment que les défauts du partenaire deviennent visibles, que l'on a le sentiment qu'il/elle "a changé".
On quitte le stade du couple fusionnel pour entrer dans le stade du couple conflictuel

C'est à ce moment que les ennuis peuvent commencer si les partenaires ne vont pas naturellement vers plus de communication, d'écoute, de compréhension, de comportements pro-actifs pour "entretenir" le feu, la joie, l'amour. 
En somme il va falloir commencer à cultiver son couple car les hormones ne le feront plus pour vous.

 

Comprendre le choix que nous (ne) faisons (pas) lorsque nous tombons amoureux/amoureuse

Notre Inconscient d'être humain est continuellement à la recherche d'un sentiment de complétude - perdu il y a bien longtemps,
à l'expulsion du ventre de notre mère, lieu de sécurité physique et affective. 
Notre cher Inconscient
 (bien plus futé qu'il n'y parait) excelle dans l'art de repérer les personnes qui souffrent des mêmes blessures que nous.
Il cherche un.e semblable, mais pas n'importe lequel/laquelle. Il va nous diriger vers une personne ayant les même blessures que nous, 
mais les exprimant sur le versant opposé. Cette personne sera donc à la fois idéale pour nous aider à grandir et à aller vers plus de complétude,
et sera également "idéale" pour réveiller nos profondes blessures lorsqu'il y a conflit.

Un exemple pour y voir plus clair : les partenaires d'un couple  ayant la même blessure de type "rejet" vont se comporter de la manière suivante : l'un.e va avoir constamment peur d'être rejeté.e et va inconsciemment créer des situations où il/elle sera rejeté.e (on dit qu'il/elle rejoue sa blessure). A contrario l'autre partenaire se retrouvera souvent dans des situations où inconsciemment il/elle rejette son/sa partenaire (on dit qu'il refoule sa blessure), afin de ne pas être victime du rejet il/elle adopte un comportement de défense presque automatique car telle ou telle situation va raviver sa blessure du rejet.

En continuant sur cet exemple : chaque fois que l'un.e des partenaires se sentira rejeté.e, il/elle ira le reprocher à l'autre et cela se soldera certainement par un conflit ou une dispute où chacun.e campe sur ses positions. A force de rencontrer ce type de situation les partenaires vont développer un sentiment d'incompréhension envers l'autre qui va augmenter la scission dans le couple.

Pour rappel : votre Inconscient a choisi quelqu’un.e qui est à même de comprendre votre blessure et de vous compléter. Alors que les hormones ne font plus leur action vos blessures se ré-ouvrent à chaque perche tendue.
C’est là qu’il faut commencer à cultiver son couple.

 

Comment passer à l’action ?

Alors non, il ne s’agit pas d’aller biner la terre ou de planter des carottes (quoi que...). Pour faire croître la stabilité et l’harmonie dans votre couple avant que le grand effondrement ne se produise et que l'expression des blessures entame l'amour que vous vous portez, quelques points à observer.

 

1) Être responsable de ses propres sentiments et émotions. C’est à dire que c’est VOUS qui êtes blessé.e par le comportement,
ce sont VOS blessures qui résonnent. Le comportement en lui-même ne vous toucherait pas si vous n’étiez pas blessé.e de cette manière.
Il est important d'en prendre conscience afin de cesser de rejeter la faute sur l’autre. Soyez Conscient.e de vous-même. Acceptez de vous regarder dans un miroir et de comprendre pourquoi vous réagissez comme ceci ou comme cela. Arrêtons de rendre les autres responsables de nos émotions
(positives comme négatives) afin de regagner du pouvoir et du contrôle sur celles-ci.
 Comprenons que l'émotion vient de l'intérieur.

 

2) Il peut être nécessaire de faire un travail (thérapie, hypnose, développement personnel....) sur nos blessures,
constamment ravivées dans le couple. Comprendre, ressentir, déconstruire, guérir nos blessure personnelles. Une fois soignées,
les blessures ne pourront tout simplement plus agir sur nous. 

Pour schématiser : lorsque l'on vous caresse sur une plaie ouverte, ça pique, ça fait mal et ça donne envie de crier. Une fois cette plaie soignée, refermée entièrement, on pourra bien vous jeter du sel sur la peau, la frotter, la mouiller, vous y serez passablement indifférent.e, et cela ne fera aucun mal. Il se passe la même chose pour les blessures psychiques, le Corps nous apprend bien souvent les enseignements dont notre Esprit a besoin.

 

3) Il est primordial de communiquer,... et pas n’importe comment! Communiquer SES émotions, exprimer SES ressentis sans en rendre responsable l’autre
et de manière non-violente. Lui expliquer ce qui nous touche, ce qui nous anime.  Cela permet de créer un espace, pour ensuite voir avec l'autre 
comment il/elle pourrait faire attention à vos sentiments et essayer de modifier son comportement afin de ne plus appuyer systématiquement
sur vos blessures.

Astuce utile ! Si vous éprouvez le besoin de sortir votre rage, votre tristesse, votre peur : 

- Isolez vous au fond du jardin ou dans les toilettes

- Criez et secouez vous de toutes vos forces, dans tous les sens et n'importe comment afin de faire sortir l'émotion négative de votre corps avant d’aller en parler avec votre cher/chère et tendre. 

Ainsi dans votre discours il n’y aura pas d’animosité et vous n’éprouverez pas le besoin de déverser cette négativité sur votre conjoint.e, mais simplement de lui expliquer les faits calmement et clairement pour avancer ENSEMBLE.

 

Cette forme de communication peut suffire, pour les blessures peu profondes puisque vous avez "choisi" un.e partenaire qui est capable de vous comprendre. Cependant, cette méthode peut aussi être insuffisante, pour les blessures très profondes
car la personne blessée se sentira touchée par des comportements qui semblent normaux à l’autre.

Par exemple : Si le/la partenaire (A) se sent blessé.e parce que son/sa partenaire (B) parle à une autre personne qui est joli.e/intéressant.e...
(A) va se rendre compte de ses sentiments, les exprimer à (B) de manière consciente,
(A) comprend que cela vient de ses mécanismes et de ses blessures propres. Mais ce n’est pas pour autant que (B) pourra l’aider,
il ne serait pas souhaitable ou agréable que (B) arrête de discuter avec des personnes attirantes juste sur la base de l’insécurité de (A).
Il est donc ici primordial que (A) fasse un travail sur ses blessures, afin de ne plus ressentir ce genre de sentiments,
auquel cas (A) risque d’en vouloir injustement à (B) et une telle discussion pourrait se répéter sans fin et sans solution viable.

  

Et le désir physique dans tout cela ?

D’une part, comme vous l’avez certainement expérimenté : quand le couple va bien, généralement la sexualité suit.

D’autre part, il est important de se rendre compte que le désir naît de l’absence, de ce qui est caché, de ce que l’on ne peut pas obtenir tout de suite.
Le désir est aussi quelque chose qui se cultive. Plutôt que de mettre de la distance quand ça ne va pas entre vous, créez de la distance quand ça va bien!

Si de temps en temps vous passez plusieurs nuits séparé.e.s, en manque de la peau et de l’odeur de l’autre, vous verrez que le désir est déjà bien plus présent, c’est physiologique! Les nuits ne sont pas assez? Arrêtez de vous donner des nouvelles pendant une ou deux journées complètes,
coupez vos communications physiques et mentales avec l’autre, laissez planer le mystère, laissez monter le désir. Soyez créatifs/créatives !

Et bien sûr encore et toujours le mot d'ordre : communication. Je vois trop de gens qui ne sont pas satisfaits de leur vie sexuelle et qui n’osent pas en parler à la personne directement intéressée. Sachez que si vous n’êtes pas satisfait.e l’autre le sentira d’une manière ou d’une autre. Et qui n’aimerait pas faire grimper au rideau son aimé.e? Surmontez votre peur de blesser l’autre, prenez le temps de vous poser pour en parler, toujours dans un discours ouvert et non-violent. Faites part de vos envies, de ce que vous voudriez essayer, de ce qui ne vous plait pas/plus.
Osez aller plus loin et sortir des carcans dans laquelle la société nous a enfermé.

 

Petite note à l'intention des femmes :

 Non, vous n’êtes pas frigides! Cette phrase vous fera peut-être rire, mais quand on regarde les statistiques et que l’on sonde un peu notre entourage,
on s’aperçoit qu’un grand nombre de femmes ne jouissent pas, ou du moins pas avec un.e partenaire.

Cette absence de jouissance n’est nullement liée à une dysfonction. Il faut «apprendre» à jouir, apprendre à l’autre à nous toucher,
prendre le temps de se découvrir seule et à deux, nos organes sexuels sont complexes et regorgent de surprises! 
N’ayez pas peur de prendre les choses en main, si j’ose dire, montrez ce que vous aimez.

 

Petite note à l'intention des hommes :

Oubliez la virilité et la performance systématique, ces caractéristiques ne sont pas un facteur d’épanouissement sexuel, bien au contraire. 
Aussi, votre pénis n'est pas le seul organe pouvant donner ou recevoir du plaisir. Explorez-vous, seul ou avec votre partenaire, découvrez vos limites 
et n'ayez pas honte de votre sensualité.
On parle beaucoup de la sexualité des femmes actuellement mais la volupté masculine est tout aussi riche. Ce n'est pas parce qu'il est facile de jouir
qu'il faut le faire systématiquement!
 Il y a toute une gamme de plaisirs que vous aussi vous pouvez explorer, avant la jouissance et afin de démultiplier celle-ci.

 

J’espère que cet article vous aura apporté quelques lumières sur la manière de cultiver son couple. J’aurais encore beaucoup de choses à dire, mais je voulais déjà poser les bases de ma philosophie, pour que chacun.e comprenne que les «problèmes» de couple nous permettent de grandir et d’évoluer, afin d’aller vers plus de complétude pour nous-même.

 

Si vous avez envie d'aller plus loin les podcast Les couilles sur la table sont très intéressants en matière de sexualité et de rapport femme/homme. 

Merci à Et tout le monde s'en fout pour sa superbe vidéo sur le désir sexuel.